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Il existe une loi biologique simple : on ne construit durablement la force que sur une coordination de qualité.

Beaucoup veulent plus de puissance, plus d’amplitude, plus de rassembler, plus d’effort. Pourtant le corps, humain comme cheval, risque une blessure précoce si on ne fait pas attention a l’ordre dans lequel on developpe le corps.

Développer les muscles : une règle a priori connue

Pour créer du muscle, il faut :

  • une stimulation suffisante
  • de la progressivité dans la charge, la durée
  • de la répétition
  • du temps de récupération

Trop peu : peu d’adaptation.
Trop fort : surcharge, compensation, blessure.


La fonction modèle la forme. Et la forme dirige la fonction. C’est la loi biomécanique qui est essentielle a comprendre

Ce que l’on répète transforme le corps.

  • Si l’on répète un mouvement juste, le corps se construit dans le bon sens.
  • Si l’on répète un mouvement asymétrique, le corps se déforme dans ce sens.

C’est vrai pour les muscles, les tendons, les fascias… et aussi pour le cerveau et le système nerveux.

Si on travaille ce cheval toujours dans cet équilibre, il sera de plus en plus fort devant et de plus en plus faible derrière.


Le game changer : développer la coordination suit exactement la même logique

La coordination suit la même loi, sauf qu’ici, au lieu de developper des muscles, on développe surtout le système nerveux.
On développe:

  • les connexions cérébrales
  • le timing moteur
  • l’équilibre
  • la précision
  • la symétrie du geste

Le cerveau apprend à mieux piloter le corps.

Le piège majeur : renforcer un corps désorganisé

Si un corps est asymétrique (par exemple la lateralité qui est normale) et qu’on ajoute de la force trop tôt :

  • le côté fort compense davantage
  • le côté faible s’efface encore plus
  • les écarts se creusent
  • l’usure augmente

Le moteur pousse… mais le châssis tire de travers.


Pourquoi le rythme est la base de l’échelle de progression en équitation

La recherche du rythme n’est pas un détail esthétique. C’est donc un principe physiologique.

Un cheval en rythme produit des foulées régulières :

  • mêmes temps d’appui
  • mêmes longueurs de foulée adaptées à l’allure
  • coordination et synchronisation des jambes qui vont deplacer le corps entre sa droite/gauche et avant/arrière

Cela signifie que les chaînes musculaires travaillent de façon plus synergique en raccourcissement et en allongement.

C’est cela, l’équilibre dynamique.

Ce n’est pas l’allure qui fait l’equilibre!

Petit trot, jog, extension, piaffer, rassembler : aucune allure ne garantit l’équilibre, ce sont toutes des allures qui vont developper la force.

Ce qui compte, c’est :

  • la régularité
  • la symétrie fonctionnelle
  • la synchronisation
  • la qualité du rythme

Un cheval peut aller lentement et être désorganisé.
Un cheval peut avoir de l’amplitude et être faux.

La progression logique

D’abord :

  1. petites foulées
  2. rythme pur (même son des poser des sabots, même son du poser des sabots)
  3. coordination stable
  4. système nerveux calme et précis

Ensuite seulement :

  1. plus d’amplitude
  2. plus de poussée
  3. plus de rassembler
  4. plus d’intensité, plus de durée, plus de frequence

Comment procéder en pratique:

C’est surtout par les variations de vitesse au sein de l’allure. Essayez, ressentez, observez ce que fait votre cheval. Les notions de contact et de souplesse sont les observables de la capacité du cheval a faire ce que vous lui demandez.

Tous les observables expliqués ici https://www.equimetric.ch/lethogramme-de-la-douleur-selon-sue-dyson-revisite-sous-langle-des-observables-des-desequilibres/ sont des observables que le cheval est en difficulté et une fois reperé, il suffit simplement de retourner a une vitesse plus basse si on va ”trop vite” ou une vitesse plus haute si on va ”trop lentement”, ou s’arreter pour donner un temps de recuperation, ou changer de main.

Imaginez un jeune enfant qui veut faire un puzzle, allez vous le laisser se tromper, essayer, recommencer etc ou allez vous lui poser les pièces à sa place?
Pour le cheval c’est pareil, il doit developper tout seul son système nerveux, il doit oser deplacer son poids du corps librement de gauche a droite, d’avant en arrière. Si vous intervenez trop vite pour le ”forcer” dans des positions via vos rênes, cela risque plus de le stresser et le bloquer puis partir en posture de compensation, qui, par essence est asymétrique, donc non pérenne a terme. Cercle vicieux postural.


La vraie clé de longévité

Construire la force sur du désordre use.
Construire la force sur de la coordination dure.

Chez le cavalier comme chez le cheval, la question n’est pas : combien en faire ?

La vraie question est : dans quel état neurologique et biomécanique le faire ?

Phrase à retenir

Avant de demander plus de force au corps, il faut d’abord lui apprendre à fonctionner juste.


NB : L’asymetrie est bien sur fonctionnelle…mais dans une certaine limite!

Bien sur la perfection n’existe pas, on ne cherche pas la symetrie parfaite, mais elle doit rester dans une certaine limite pour ne pas risquer de blesser le corps parce que les articulations travaillent trop souvent trop proches de leur limites anatomiques.
Bien sur le corps s’adapte a tout, mais rester dans une asymetrie fonctionnelle garantit le bon fonctionnement du corps sur le plus long terme possible. Surtout qu’il n’existe pas de discipline asymetrique en equitation, (hors les courses a ma connaissance). Ca n’est pas très compliqué a mettre en place, cela demande juste d’y faire attention au debut, puis cela deviendra rapidement une habitude.